mardi 21 octobre 2008

MOTION E CO-SIGNEE PAR SEGOLENE ROYALE


Argumentaire général


1 – Le moment est grave

Notre congrès est un moment crucial dans l’histoire de notre parti car nous sommes à un véritable tournant. S’il est réduit à un choc des ego, il sera raté. De même s'il est une synthèse molle. Or, si ce congrès est un nouvel échec, nous perdrons les présidentielles de 2012.
Face à la crise financière, il faut rechercher une alternative et une nouvelle réponse européenne. Nous ne sommes pas d'accord avec ceux de nos camarades qui ne font pas de cette question une question centrale de notre débat, ni avec ceux qui estiment que Nicolas Sarkozy apporte de « bonnes réponses ». En ces temps de crise, jamais les idées socialistes n’ont été si pertinentes.
Si nous ne nous renouvelons pas, les Français ne nous feront plus confiance. Nous laisserons toujours aux responsabilités la droite dure de Nicolas Sarkozy encore en campagne, déjà en campagne, toujours en campagne idéologique pour défaire l’impartialité de l’État sur tous les terrains. Nous ne devons donc pas perdre de vue que le renouveau du Parti socialiste est l’enjeu majeur de ce congrès : pour avoir une ligne claire, retrouver le contact avec ceux qui ont perdu confiance en la politique, être audible, rassembler les socialistes et tous les Français.

2 – Quel parti voulons-nous ?

► Un parti fermé et débattant à huis clos ? Ou un parti renouvelé et en phase avec la société ?
La force du PS tient à sa capacité à s’ouvrir en permanence sur l’extérieur. Si nous nous replions de façon sectaire, c’est la mort assurée du parti dont le nombre des militants diminue nettement (il n'y a que 100 000 militants à jour de leur cotisation contre 185 000 en 2006).
Nous proposons donc de nouvelles formes de militantisme et la généralisation de la carte à 20€ pour les 1ères adhésions (l'argent ne devant pas être un handicap), des conventions thématiques dans chaque région ou département, et une primaire de masse qui sera soumise à une procédure validée par les militants du parti. Elle permettra de renforcer la légitimité du candidat de la gauche.

► Un parti qui cultive la politique « hors-sol » dans les couloirs de Solferino ? Ou un parti plus à l’écoute des territoires, des militants, des élus locaux ?
Les élections locales ont prouvé que les Français faisaient majoritairement confiance aux élus socialistes. Nous devons donc donner plus de poids aux intelligences territoriales dans le parti.

► Un parti verrouillé avec une direction d’appareil ? Ou un parti avec une direction renouvelée, resserrée et rajeunie ?
Nous devons faire émerger une nouvelle génération porteuse d’espoir dans de bonnes conditions. Vincent Peillon, Delphine Batho, Najat Vallaud-Belkacem, Aurélie Filippetti, etc., les forces vives de l’avenir du PS ont toutes rejoint notre motion.

► Un parti qui refuse de débattre de la question des alliances ? Ou un parti en capacité de rassembler sur des bases claires ?
Nous savons tous que le PS ne peut pas toujours l'emporter seul. Nous refusons l'hypocrisie et
voulons être cohérents entre nos idées et nos actes. Nous devons discuter avec l’extrême gauche qui devra alors se positionner clairement sur ses motivations. De la même manière, nous devrons discuter avec tous les démocrates sur la base de notre projet et autour de nos propositions. Mieux vaut gagner des batailles en s’alliant sur des bases claires, plutôt que de prendre le risque de devoir choisir entre Bayrou et Sarkozy au 2è tour des présidentielles.

► Un parti inaudible, peu crédible ? Ou un parti populaire capable de porter nos idées au pouvoir ?
Pour être une alternative à la droite, nous devons développer une opposition conforme aux valeurs fondamentales des socialistes, avoir un projet crédible, ambitieux et apporter des réponses concrètes aux Français. Il faut défendre une volonté radicale de transformation sociale.

3 – Des priorités claires
► Oser enfin la démocratie jusqu'au bout. Fonder la République sur les trois piliers de la démocratie : la démocratie représentative, la démocratie sociale et la démocratie participative. Moderniser le Parlement, faire évaluer par les citoyens l'impact des politiques publiques, faire confiance aux élus locaux, garantir les droits de l’Homme, la stricte séparation des pouvoirs, la liberté de la presse et l'indépendance des médias.
► Restaurer l’intérêt général et la solidarité avec un État fort, innovant, préventif en instaurant une fiscalité plus juste, et un système de retraite transparent universel et personnalisé.
► Faire d'urgence l'excellence environnementale en préparant l’après pétrole, en diversifiant nos énergies et en modifiant notre rapport à l’espace.
► Reprendre la main sur le phénomène incontrôlé de la mondialisation, en faisant le pari de la recherche et de l’université, en aidant et sécurisant les PME et en mettant fin aux dérives spéculatives de l’économie mondiale.
► Aller vers une société apaisée et favoriser l’émancipation en refusant les discriminations et les communautarismes, en défendant la laïcité, en portant un nouveau regard sur l’immigration, en favorisant la mixité sociale, en reconnaissant la France métissée comme une chance.
► Réaffirmer l’Europe comme nouvelle frontière pour réguler la mondialisation avec l’instauration d’une Europe sociale et d’une Europe puissance ; et mettre les institutions internationales à la hauteur de leurs missions, en leur faisant respecter les normes sociales et environnementales.


Conclusion
Le monde et la France sont en crise. Crise économique, crise écologique, mais aussi crise des valeurs de solidarité et de progrès social. Parce que nous incarnons l’espoir à gauche et que nous sommes fiers d’être socialistes, nous ne devons pas rater ce congrès.
La motion E permet de se doter d’un parti renouvelé et rénové, de clarifier notre ligne politique et ainsi de rassembler les socialistes puis les Français.
Pour s'assurer cette ligne idéologique claire, nous refusons de « casser » le débat de fond et de faire un congrès « plébiscite ». Il y a deux étapes et deux votes. Par ailleurs, plus notre motion sera devant, plus la question du leadership sera facile à régler.
À l’issue de la phase des motions, une synthèse devra nécessairement se faire, et la motion E est la seule à parler à tous sur la base d’un projet, et non sur la base de personnalités.
C’est pour toutes ces raisons que nous pensons que notre motion est la plus à même de donner, sur des bases solides et pérennes, un avenir au Parti socialiste.